La revanche de l’Aligoté, cépage mal-aimé...

« Je suis le mal-aimé… » L’Aligoté connait la chanson. Souvent relégué en deuxième division, absent des cartes des grands restaurants, piétiné par les buveurs d’étiquette et boudé par certains vignerons qui ne jurent, du moins en Bourgogne, que par le Chardonnay, cet ancien cépage blanc avait presque disparu de la circulation. Même à Bouzeron, où il est pourtant planté à gogo, son nom avait disparu de l’étiquette… comme pour ne pas nuire à cette appellation montante de la Côte Chalonnaise. Un vilain petit canard, trop longtemps noyé dans le blanc cass’, un blanc méprisé par la terre entière, sous prétexte d’une acidité exacerbée. Sorti presque honteusement à l’apéritif, voire oublié (volontairement) au fond de la cave, l’Aligoté a pourtant toute sa place en Bourgogne.

La vie mouvementée de l’Aligoté

Issu d’un croisement entre le Gouais Blanc et le Pinot Noir, l’histoire de ce cépage remonte au moins au 17ème siècle. À l’époque, dans la région, il est comme un poisson dans l’eau et on le retrouve même sur quelques coteaux réputés (en Corton-Charlemagne ou en Montrachet). Mais l’arrivée du phylloxéra au 19ème siècle va changer la donne : après la crise, les vignerons ont délaissé l’Aligoté, au profit d’un Chardonnay plus prometteur. Seuls quelques ceps d’Aligoté ont le droit de cité dans la région mais rarement sur de jolis terroirs. Bref, l’Aligoté est puni à tous les niveaux. Sur ces sols riches et profonds dont personne ne veut, le petit cépage blanc se bat pour sauver sa peau, mais rien n’y fait : la maturité est rarement au rendez-vous, la complexité n’est plus et l’acidité prend le dessus. Sans parler d’une AOC peu qualitative créée à la va-vite et qui le dessert plus qu’autre chose.

Opération résurrection

L’Aligoté doit son salut à une poignée de vignerons, les « Aligoteurs », capables de tout pour leur cépage chouchou. Il y a tout juste deux ans, ils ont jeté un pavé dans la marre de Chardonnay en organisant le premier salon entièrement dédié à l’Aligoté. Bon c’est vrai, y a quelques années, l’acquisition d’un domaine à Bouzeron par Aubert de Villaine (patron de la Romanée Conti), avait déjà donné un petit coup de pouce à notre cépage maudit, mais là, les vignerons bourguignons ont frappé fort : en une journée, fièrement plantés derrière leur tonneau, tire-bouchon à la main et avec, comme seules munitions, leurs canons et leurs gouailles, ils ont balayé toutes les idées reçues sur l’Aligoté. La claque. La grande et franche claque dans la gueule : en ce jour ensoleillé d’avril, l’Aligoté n’est pas seulement buvable, il est incroyablement bon. Déroutant aussi, tant il colle à la peau de chaque vigneron. On voyage d’un terroir à l’autre, on savoure les histoires de ces viticulteurs rebelles, venus nous dire, juste à la force d’un verre, que la vérité est ailleurs. Désormais, la vérité est aussi dans l’Aligoté. Vous voulez en avoir le cœur net ? Découvrez notre sélection juste ici :

 

Quelques repères

AOC Bourgogne Aligoté depuis 1937

2 000 hectares plantés en France dont 1 800 en Bourgogne

60 hecto / hectares en moyenne (mais ça tend à diminuer)

Raisins plus musclés et plus nombreux que le Chardonnay

Dans la bouteille : l’Aligoté entre dans l’élaboration des Bourgogne Aligoté, des Coteaux Bourguignons, des Crémant de Bourgogne et de l’AOC Village Bouzeron.

L’exception : le Morey-Saint-Denis, Premier Cru « Les Mont-Luisants » du domaine Ponsot, élaboré avec 100 % d’Aligoté (comme un joli pied de nez au Pinot Noir, cépage roi en Côte de Nuits).